Enseignements

Pratiquer chez soi avec les autres

Par Michel Goshin Ménard.
Publié dans la Lettre du Dojo, le 12 avril 2020.

Chacun dans son espace personnel, peut s’aménager un lieu et un temps pour laisser zazen entrer dans son quotidien. Le dojo, chacun le porte à l’intérieur de lui-même. 

“Si l’on ne peut plus se rendre sur la rue Guilford pour pratiquer ensemble, cette fermeture n’empêche en rien de continuer la pratique” disait Raphaël Dojo Triet. Dans ce sens, il s’agit de trouver un endroit et un moment propice, pour se déposer et s’asseoir dans la grande assise du Bouddha. Ce lieu où vous pratiquez gassho, zazen, devient un dojo et lorsque vous vous asseyez sur votre zafu, dans ce dojo, votre pratique consiste simplement à  tourner votre regard vers l’intérieur et d’étudier le soi. C’est  laisser se manifester ce dojo que vous portez à l’intérieur de vous-mêmes.

«Étudier le soi est l’activité essentielle qui nous permet à nous autres humains d’être humains. Un humain est un être vivant qui a besoin d’étudier le soi afin de devenir foncièrement humain.» –  Shohaku Okumura

Tiré de ses commentaires sur le Genjokoan de Maître Dogen, Okumura explique :
“Rapidement, on se rend compte qu’on ne vit pas seul, qu’il n’est pas possible de pratiquer seul, que le sujet de notre pratique n’est pas le soi personnel. Alors plutôt que de pratiquer individuellement pour notre propre amélioration, nous nous établissons naturellement et calmement au cœur de la Réalité de l’interconnexion et permettons à la force de vie universelle de pratiquer à travers nous pour tous les êtres.  Pratiquer est s’éveiller au soi qui est inter-relié à tous les êtres.”

Avec cette Pandémie, nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre que nous partageons une seule et même vie avec la nature et tous les êtres. Okumura poursuit : «Notre égocentrisme, est source de problèmes, pour nous et entre nous et les autres, c’est pourquoi nous devons pratiquer afin de vivre naturellement en paix et en harmonie avec la réalité.»

Shikantaza, c’est cesser d’avoir peur, c’est chasser l’angoisse existentielle qui nous tenaille. C’est naturellement actualiser l’interconnexion que nous avons avec les autres et comment nous sommes soutenus par eux. «Bien que seul et silencieux, chacun de vous m’accompagne. N’en doutez pas», disait Raphaël.Pour cela, en zazen, il nous faut continuellement lâcher prise avec les pensées et les jugements qui apparaissent, laissez passer nos inconforts, nos douleurs. Que l’esprit soit calme ou agité, nous continuons à abandonner tout ce qui y monte. Nous gardons la même posture à travers toutes les conditions mentales sans être tiraillés d’un côté ou de l’autre. Il n’y a donc pas de bon ou de mauvais zazen. Zazen est toujours zazen.  Lorsque nous pratiquons ou étudions avec le corps et l’esprit tout entier, automatiquement nous manifestons et exprimons la Voie ou le Dharma du Bouddha et oublions le soi personnel qui souffre.

Après avoir pratiqué, nous pouvons ressentir une certaine légèreté et aisance qui vient d’avoir été temporairement soulagé du confinement de notre corps et de notre vie limitée, vulnérable. Zazen nous permet d’accéder à un esprit large et de réaliser que ce corps et cette vie ne nous appartiennent pas; que nos corps, nos esprits, la Terre, sont une seule et même chose que nous devons chérir, protéger. Et cet enracinement dans la Réalité est apaisant.

Avec vous dans la pratique