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Enseignements

Gyogi

Sesshin d’automne 2019

Extrait de Kusen de Raphael Dôkô Triet

Durant cette sesshin, j’évoquerai quelques passages d’un chapitre du Shobogenzo, le chapitre Gyoji, sans doute le plus long chapitre. Pour ceux qui ont pratiqué avec Sensei, ce chapitre évoque de précieux souvenirs. Il l’a commenté au premier camp d’été à la Gendronnière. Le temple était en construction. Et pendant les six sessions d’été, il a évoqué ce chapitre qui parle de la pratique des anciens bouddhas. Gyoji veut dire « la pratique quotidienne » ou encore « la pratique maintenue ». Et ce mot gyoji renvoie à Dokan; l’anneau de la Voie. L’anneau qui n’a ni début ni fin et qui non plus ne connait aucune interruption. Entre la première fois où timidement on rentre dans un dojo, qu’on s’assoit, au début souvent inconfortablement, la première fois que nous nous éveillons au fait de pratiquer, le premier déploiement du cœur de l’éveil, puis les années qui suivent, où la pratique s’affermit, il n‘y a pas d’interruption. C’est comme un anneau qui tourne lentement, continuellement. Dogen dit : « Sur la grande Voie des Bouddhas et des Patriarches, il y a toujours la pratique maintenue. L’anneau de la Voie ne connait aucune interruption. C’est pourquoi, sans dépendre ni de mes efforts, ni des efforts des autres, la pratique se maintient, sans dépendre de quoi que ce soit. » 

Avant de venir ici, je regardais un reportage sur Myasaki Zenji. Il est mort il y a quelques années. C’était le chef d’un des plus grands temples Japonais, le Zenji de Eiheiji. Il est mort à 107 ans. Je l’ai vu à plusieurs reprises lors de voyages au Japon. Même à cet âge avancé, il continuait de pratiquer. Depuis l’âge de 14 ans jusqu’à 107 ans, chaque jour, il est allé au dojo. Chaque matin, quelles que soient les circonstances, les humeurs, le temps, les phénomènes, la guerre. Gyoji, c’est cela, la répétition sans fin. Suivre l’ordre cosmique. Comme le soleil qui chaque jour éclaire la terre sans demander aucun remerciement. C’est ainsi perpétuer quelque chose de plus ancien que nous. Le perpétuer. Le maintenir. En lisant les journaux, on entend souvent dire : « Telle personne s’est faite toute seule. » Penser ainsi, c’est être ignorant, arrogant. Entre shoshin, l’esprit du débutant, gyoji, la pratique, bodai, l’éveil, nehan, le nirvana, il n’y a pas le moindre espace. Il se perpétue sans cesse.