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Le paysage de neige

Kusen
Par Raphaël Doko Triet

Ryokan a écrit ce merveilleux poème :

Dans mon ermitage,
j’entretiens mon jardin
seulement pour l’offrir à la volonté du vent.

Poème merveilleux ! Il touche à l’essence même de notre pratique. Cette pratique qui ne repose sur rien, que l’on ne peut attraper. C’est la pratique dans ce qu’elle a de plus magistral, de plus merveilleux ; elle apparaît dans tous nos mouvements, quand nous allongeons le pas, nous levons une main, posons nos bols ; dans notre immobilité, quand nous sommes assis, allongés, debout. La totalité de la vie de Bouddha dans chaque pore de notre peau. Le soi qui rencontre le soi. Lorsqu’on pense à ce soi, plein de choses apparaissent. Au-delà de notre propre pensée. C’est hishiryo, le paysage de neige.

Quand Dôgen était jeune moine, lorsqu’il était en Chine dans le temple de son maître, Maître Nyojo, un moine plus âgé du temple lui demanda pourquoi il était venu de si loin.
Dôgen lui dit : « Je cherchais un maître.
— D’accord, mais pourquoi ?
— Pour enfin rencontrer le Dharma.
— D’accord, mais pourquoi ?
— Pour enfin m’éveiller.
— D’accord mais pourquoi ?
— Pour que lorsque je rentrerai dans mon petit pays, je transmette cette pratique.
— D’accord, mais pourquoi ? »
Dôgen répond mais, à la fin, il n’a plus de mots, plus rien à dire. Là où il n’y a plus de raisonnement, apparaît le coeur de notre pratique, le paysage de neige.

Un maître avait dit : « Allez là où il ne pousse plus aucun brin d’herbe. »