Enseignements

Voyez L’arbre

Kusen de Yves Shoshin Crettaz au dojo de Montréal, 2 octobre 2018

Hier j’ai eu le bonheur de faire une longue promenade dans la forêt chatoyante de l’automne. Dans le silence de la forêt, les arbres nous donnent de grands enseignements. A nous de les entendre.

A ce propos, je me souviens de ce poème de Lung-ya, un disciple de Tosan – l’auteur de l’Hokyo zanmai.

Voyez l’arbre devant votre porte

Il laisse les oiseaux se poser sur ses branches ou s’envoler

Quand ils viennent à lui, il ne les a pas appelés

Quand ils prennent leur envol, il ne les retient pas.

Rendez-vous pareil à l’arbre :

Vous n’irez pas contre la Voie

Dans le zen, on plante parfois un arbre à certaines occasions. On ne plante pas un arbre uniquement pour soi, on le plante pour les générations futures. Rinzai plantait des pins dans la montagne tout autour de son temple, afin que la sangha se développe et que les disciples, de générations en génération se souviennent de la transmission ininterrompue du Dharma.

A Seikyuji également, lors de la cérémonie des cendres ou à la fin de la semaine fuse, nous plantons un arbre et peu à peu une petite forêt encercle le temple.

Nous devons apprendre l’arbre, la sagesse de l’arbre, le kusen de l’arbre qui nous est donné lorsque nous nous promenons dans la forêt.

L’arbre naît et meurt, grandit et se transforme sans jamais changer de place. Lorsque l’hiver approche, il entre dans le grand repos, une très longue sesshin où toutes ces fonctions sont comme suspendues, il meurt à lui-même pour renaître au printemps, chaque année mort et renaissance cyclique.

L’arbre est généreux, il pratique le fuse d’instant en instant. Ses branches et ses feuilles protègent de la pluie, du soleil et du vent. L’arbre offre un abri à l’homme fatigué et à l’oiseau et ses petits.

Et lorsque plusieurs arbres se réunissent en sangha, c’est une forêt qui absorbe la moiti du carbone émit par la terre et produit l’oxygène qui nous permet de respirer. La forêt est le poumon de la terre.

Il est dans la nature de l’arbre de donner. Comme il est dans la nature du bodhisattva de faire fuse.

L’arbre fait fuse mais n’est pas attaché à son don. Il a la pratique libre, légère :

Il laisse les oiseaux se poser sur ses branches ou s’envoler

Quand ils viennent à lui, il ne les a pas appelés

Quand ils prennent leur envol, il ne les retient pas.

Le dojo où nous avons le bonheur de pouvoir pratiquer est comme un arbre. Il n’a rien à vendre : Il est juste un espace ouvert et amical, lieu de la rencontre avec soi-même et avec les autres, lieu de silence et de paix où l’on laisse tomber comme feuille en automne toute affirmation de soi et toute opposition aux autres.

Comme l’arbre qui en hiver se repose après avoir abandonné toutes ses feuilles pour renaître vivifié et transformé. Comme les arbres, nous poussons nos racines dans le sol et nous tendons de toutes nos branches vers le ciel. 

Rendez-vous pareil à l’arbre :

Vous n’irez pas contre la Voie

Vous n’irez pas contre la voie, si vous abandonnez les feuilles de vos attachements et que vous faites pousser les racines de votre amour à tous les êtres.